Cette plateforme de ressources porte sur un conflit peu médiatisé et peu connu dans le monde, celui qui est pudiquement nommé la « crise anglophone » au Cameroun et qui sévit depuis 2017.

Le Cameroun anglophone est le théâtre de tragédies. Héritages coloniaux, rivalités ethniques, conflits fonciers, clivages politiques, aléas ou déficit démocratique, s’ajoutent à des réalités culturelles qui stigmatisent certaines appartenances ethniques et sociales. Le conflit anglophone plus précisément oppose les forces de sécurité gouvernementales à des groupes séparatistes qui réclament un État indépendant dans les régions anglophones (Nord-Ouest et Sud-Ouest). Il plonge ses racines dans la nature bilingue du Cameroun, résultant de son histoire coloniale avec la France et la Grande Bretagne. Les régions anglophones se sentent marginalisées par les dirigeants francophones du pays depuis l’unification du Cameroun britannique et du Cameroun français en 1961. Bien que le gouvernement ait engagé un dialogue avec les leaders de la contestation en 2017, sa stratégie de réponse a été dominée par une répression violente des manifestations, qui a nourri des tendances sécessionnistes qui se sont consolidées entre 2017 et 2018. Les violences qui ont suivi – et qui se poursuivent – ont provoqué des déplacements forcés à l’intérieur comme à l’extérieur du territoire (au Nigéria). Des images choquantes de violations des droits de l’hommes observées sont devenues banales (exécutions extrajudiciaires et violences sexuelles et sexistes généralisées, incendie des villages et soumission des personnes civiles soupçonnées de liens avec l’une des parties au conflit, tortures et mauvais traitement, etc.). Les familles sont brisées. De nombreux enfants sont privés du droit à l’école, car les groupes séparatistes ont interdit l’éducation publique et attaquent, menacent et enlèvent fréquemment des élèves et des enseignants, ainsi que brûlent, détruisent et pillent des écoles. La vie sur les marchés et dans les fermes a considérablement diminué à causes des journées villes mortes imposées par les groupes séparatistes. La violence de cette guerre civile a déstabilisé la production agropastorale, qui constitue la base des moyens de subsistance dans les régions anglophones. Ce conflit meutricide a fait plus de 6000 morts. Malgré la gravité crimes et de leurs conséquences, ce conflit est un cas typique des « conflits oubliés », « passée sous silence » ou « conflit orphelin » (International Crisis Group 2021 ; Boursin 2022 ; NRC 2019, 2020, 2021, 2022, 2023 ; ECHO 2024), d’autant qu’il suscite peu d’écho médiatique et une faible mobilisation humanitaire et diplomatique (CARE International, 2023 ; Atwood et al., 2021 ; International Crisis Group, 2021). La communauté internationale semble percevoir le conflit dans les régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest comme une insurrection de groupes armés séparatistes contre le gouvernement camerounais. La situation est pourtant beaucoup plus complexe. Bien que les régions anglophone et francophone du Cameroun soient unifiées depuis 1961, il existe depuis longtemps des conflits sur la mesure dans laquelle la majorité francophone contrôle l’accès aux ressources gouvernementales.

La population camerounaise dans leur majorité semble encore mal instruite sur la question anglophone. Ceci à cause du déni, de la falsification de la vérité sur le « problème anglophone », de la mise sous tutelle du passé et de la mémoire de ce passé par les régimes d’Amadou Ahidjo et de Paul Biya. Il existe pourtant une abondante littérature scientifique et institutionnelle sur cette crise politique. Cependant, ces travaux sont éparpillés et peu accessible au grand public. Il n’existe pas une base de données spécialisée sur le savoir scientifique produite sur cette question depuis les indépendances. Il est en est même pour les sources institutionnelles.

En outre, une pluralités d’organisations humanitaires et de défense des droits de l’homme transnationales et locales sont actives sur le terrain pour soulager les souffrances des victimes de violence de guerre. Cependant, le public n’a pas toujours connaissance de ces organisations et les projets qu’elles portent.  

Ce qui justifie la création de cette plate-forme de ressources qui réunit, conserve et vulgarise tous les types de documents traitant de la question anglophone et du conflit anglophone (livres, articles, thèses, mémoires, rapports de recherches, documents institutionnels et ressources audiovisuelles) tout en cherchant à développer un fonds spécialisé grâce à un travail de veille. Cette plateforme web fait aussi une cartographie des groupes de recherche et des organisations travaillant sur le conflit anglophone.  

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